La Maison Nucingen
long métrage fiction Roumanie, France, Chili (2008) Date de sortie : 3 juin 2009 1h27min.
Autre titre :
Nucingen Haus, Nucingen HouseRéalisé par :
Raoul RuizAvec :
Audrey Marnay, Jean-Marc Barr Elsa Zylberstein, Laurent Malet, Luis Mora, Miriam Heard, Laure de Clermont-Tonnerre, Thomas DurandSynopsis :
Un couple Gagne une maison en jouant aux cartes. La maison est déjà habitée... par un fantôme...Scénario :
Raoul RuizMontage :
Béatrice ClericoD'après :
Honoré de Balzac, Mircea EliadeProduction :
Margo Films, Mact Prods, Atlantis FilmsDirecteur de la production :
François Margolin, Antoine de Clermont-Tonnerre, Martine de Clermont-TonnerreImage :
Inti BrionesMusique :
Jorge Arriagada1er assistant :
Verónica AstudilloDécoration :
Veronica Astudillo, Raúl RuizLieu de tournage :
Sud de Santiago, ChiliDistribution :
Zelig Films DistributionPrix, Festivals :
Hong-Kong Film festival 2009, International Film Festival Rotterdam 2009, Festival international du cinéma indépendant de Buenos Aires - Sélection officielle 2009, Festival International du film de Pusan 2008, Festival du film de Londres - Selection officielle 2008, Festival international du film Molodist de Kiev - French Cinema Today 2008, Festival international du film Molodist de Kiev - French Cinema Today 2008, Festival international du film de Turin 2008, Mostra - Festival international du film de São Paulo 2008.Un film de Raoul Ruiz
Entretien avec Raoul Ruiz
Source : Dossier de presse téléchargeable sur le site officiel
Par Zelig
Une légende aux contours féeriques
Je voulais adapter le roman Mademoiselle Christina de Eliade Mircea, mais les droits n’étant pas disponibles, je me suis tourné vers une autre histoire s’en rapprochant, une histoire universelle, celle d’un amour liant un homme à une femme lui apparaissant sous la forme d’un fantôme. Je viens d’une famille paysanne du Chili ancrée dans certaines traditions culturelles et ces histoires font partie de notre folklore.
Je m’en suis souvenu il y a quelques années et j’ai eu envie de m’y arrêter, je voulais revenir vers mes origines, tourner des films autour de ma propre culture, de ses ambiguïtés, ses complexités, sa popularité, ses religions perdues, beaucoup de choses se confrontant dans l’histoire du Chili.
En m’y replongeant, j’ai été marqué par une fable, dont j’ai d’ailleurs lu une version française, celle d’un chevalier du XIème siècle n’arrivant pas à dépasser la mort de sa femme. Il n’arrive pas à reconstruire sa vie, les années passent et alors qu’il se promène un jour en forêt il se retrouve face aux Dames blanches, des figures féeriques, de mauvaises fées, dont les apparitions sonnent l’annonce d’une catastrophe.
Parmi ces dames blanches, il reconnaît sa propre femme, qui lui apparaît de manière totalement naturelle, ce qui m’amusait beaucoup. Ils repartent alors ensemble et poursuivent leur vie, la chute de cette histoire étant qu’elle avait autrefois été enlevée par les fées et remplacée par une autre femme, un double, celle qui était morte. J’ai adoré cette légende se rapprochant du mythe des vampires.
L’esprit du film
Au-delà de cette légende médiévale, je me suis tourné vers de nombreuses séries B que j’aime beaucoup, je me suis rapproché du style de Jacques Tourneur, par exemple, dont je me suis inspiré. J’ai également pensé à un film méconnu de Roger Vadim, Et Mourir De Plaisir, une histoire de vampires pouvant se lire comme une histoire contemporaine. Parallèlement, j’ai relu certains romans gothiques, notamment Camilla de Sheridan Le Fanu, l’une des premières œuvres littéraires mettant en scène des vampires.
Plusieurs approches
C’est une histoire difficile à résumer, plusieurs récits se superposent. Je tenais absolument à ménager plusieurs entrées, plusieurs lectures.
La première, la plus simple, c’est l’histoire d’un homme dont la femme meurt, se mariant avec celle demeurant dans cette maison où il vit, et retrouvant sa femme plusieurs années plus tard, une trame médiévale avec toute son ambivalence, dont il est possible de tirer diverses interprétations. La seconde approche pourrait être celle d’un homme écrivant un roman, où se situe dés lors le niveau du récit, est-ce son histoire ou celle qu’il invente ?
J’ai consacré une autre strate du film à ces émigrés nostalgiques, que j’ai eu l’occasion de rencontrer à l’époque, venus se réfugier au Chili, des Allemands, des Autrichiens n’arrivant pas s’acclimater, à trouver leur place au cœur de ce pays nouveau pour eux. Je voulais construire une histoire s’inscrivant à la croisée de ces différentes thématiques, trois récits s’enchevêtrant au cœur d’un même film.
Je me suis souvenu de mes conversations avec Alain Robbe-Grillet, de ses fictions qui peuvent s’aborder de plusieurs façons, qui sont tout autant de l’ordre de l’Histoire que de la Géographie. J’aime ces différents niveaux de lecture, les événements ont toujours, même dans les pays les plus développés, une lecture rationnelle, une lecture poétique, une lecture plus magique, irréelle. Depuis quelques années j’attaque mes films de cette façon, en les abordant sous des angles multiples.
C’est une réaction à ce que l’on appelle aujourd’hui la flèche narrative, presque une dictature, liée à des automatismes de lecture, il faut garder une ligne, ne surtout pas dérouter le spectateur, ce qui n’est pas acceptable. C’est en forçant de ne pas rendre ma mise en scène esclave d’une linéarité insupportable que je peux m’évader vers une forme de narration plus lyrique et plus contemplative.
La maison
Elle date du XVIIIème siècle, elle a une âme. Elle se trouve prés de la Cordillère des Andes, des jésuites y vivaient, puis elle a appartenu à des Français, on y trouve de nombreux styles qui s’entrechoquent, ce qui me convenait. Nous y sentions une sorte de présence troublante, elle était l’image même de la maison hantée.
Le Chili
Retrouver le chemin de mon pays m’a permis de me rapprocher de sa culture, de ses légendes, de ses paysages vertigineux que j’ai eu immédiatement envie de filmer.
Un homme, deux femmes, trois comédiens
Plus que des acteurs, ce sont pour moi des complices, nous avons vécu ensemble une réelle aventure commune, traversé le monde pour tourner ce film.
Elsa, je la croise régulièrement, elle a une très belle intensité et provoque en même temps un décalage intéressant par rapport à cette intensité. Elle joue avec une étonnante conviction, mais sait prendre une certaine distance nécessaire avec elle-même sans perdre sa crédibilité.
Elle peut ainsi appréhender une situation dramatique se trouvant en même temps totalement incohérente et décalée, comme lorsqu’elle affirme dans le film que ce n’est pas son sang, qu’il n’a pas reconnu le goût de son sang. Jean-Marc a cette capacité, comme beaucoup d’Américains, de pouvoir rendre crédible des situations qui ne sont absolument pas réalistes. Il apporte un côté terre à terre nécessaire au récit. Audrey, je n’ai pas eu peur d’exploiter sa facette de mannequin et je lui ai demandé de prendre des poses allant en ce sens, de se comporter comme si elle se faisait prendre en photo pour une revue, ce qui nourrit son rôle.
De nouveaux défis
Tourner devient de plus en plus difficile, ma réaction est donc de tourner de plus en plus de films, la caméra digitale permettant de réaliser un film plus facilement, dans un cadre plus précaire. Le numérique est une nouvelle approche, radicale, il faut absolument l’accepter.
Source : Revue Appareil revue soutenue par la MSH Paris Nord
Par Adolfo VERA P.
Article reproduit dans lecinemaderaoulruiz.com avec l'autorisation de l'auteur
Résumé
Raúl Ruiz, cinéaste chilien exilé en France à la fin des années 1970, a construit une œuvre très vaste et donc très difficile à comprendre univoquement. La critique (un numéro spécial lui était consacré par les Cahiers du cinéma en 1983) a depuis toujours signalé l’absence d’un récit net qui organise ses films, la multiplicité des idées qui s’ouvrent en chaque plan (« chaque idée un plan, chaque plan un film », a postulé un jour Ruiz), la teneur « baroque » d’une œuvre où les limites entre le réel et l’irréel se brouillent du fait des particularités techniques de l’appareil cinématographique. Dans ce texte, on propose une lecture des quelques aspects de cette œuvre inabordable à partir de la question de la spectralité, question qui, selon Derrida (Spectres de Marx) constitue le noyau de la situation politique contemporaine. C’est ce que Derrida appelle « puissance de spectralité », et qui se manifeste notamment en tant que « puissance d’anachronisme », ce qui inonde les images cinématographiques de Ruiz, pour créer un univers où les moyens techniques du cinéma reprennent ce qui depuis son début, au XIXème, les « images techniques » photographiques et cinématographiques étaient censées constituer : l’apparition des fantômes. Or, on sait bien que, depuis la stratégie de la disparition politique appliquée par tous les totalitarismes du XXème siècle et d’aujourd’hui, la catégorie de « fantôme » a bien un aspect politique. Le dernier film de Ruiz, La maison Nucingen (2009) met toutes ces questions en lumière.
Télécharger le document intégral : Les spectres de Raúl Ruiz. La maison Nucingen (2009)
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Référence(s)
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Positif 580 juin 2009
Titre : La Maison Nucingen
Auteur : Vincent Thabourey
Editeur : Scope

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L'Humanité 2009
Maison hantée et nid de coucous
Jean Roy
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Le Monde juin 2009
"La Maison Nucingen" : retour aux sources fantastiques du surréalisme
Jean-François Rauger
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Libération 3 juin 2009
Titre : Fantôme sweet home en Patagonie
Thème : La Maison Nucingen
Auteur : Eric Loret
http://www.liberation.fr/cinema/0101571011-fantome-sweet-home-en-patagonie
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Les Inrockuptibles 2009
La Maison Nucingen
Vincent Ostria
Filmographie et autres oeuvres
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- Mystères de Lisbonne
- L’estate breve
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- La Maison Nucingen
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- Le Domaine perdu
- Dias de campo
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- Chronique d'une mise en scène
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- Miotte vu par Ruiz
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- Les Ames fortes
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