le petit palais de mémoire du cinéma de Raoul Ruiz
Voici quelques figures du cinéma de Raoul Ruiz. Les figures sont les images d'un film qui en elles-mêmes racontent une histoire. Ces images sont susceptibles d'agir comme des films dans le film, selon l'idée ruizienne qu'il existe potentiellement autant de films que d'images.
Le rapport que ces images peuvent entretenir avec notre mémoire emprunte sans doute au tableau. Cependant, dans le déroulement du film, nous ne sommes pas libres, comme c'est le cas devant un tableau, de nous attarder sur une forme, un détail, une couleur...
Potentiellement, le film, par le fait même de sa durée, nous oblige à penser relationnellement au rythme des images et des sons, mais aussi de manière synthétique et structurelle, comme à certains moments de l'existence. De cette synthèse, parfois exécutée en un temps court, résulte une autre image, que l'on pourrait aussi appeler figure, qui rassemble de nombreuses informations. En particulier, elle permet de fixer la structure de l'image que notre regard a créé au contact de l'écran.
Certaines figures ruiziennes se sont fixées dans ma mémoire. Parmi celles-ci, certaines sont présentées ici. Elles ont la caractéristique d'être réflexives, au sens du miroir, c'est-à-dire de nous inclure, nous spectateurs, à l'intérieur de leur spatialité. Le temps d'un instant, nous sommes dans l'image, ou plus précisément, avec elle.
Dans le même temps, ces images nous excluent, défiant les codes de la crédibilité de l'image, elles favorisent cette structuration figurative dont nous parlions. Elles sont aussi reflexives parce qu'elles finissent par nous montrer notre propre visage.
À ces figures s'associent parfois d'autres images provenant d'autres films. Ces associations se constituent par référence ou connivence, par identification ou reconnaissance de formes ou de thématiques.
Pierre-Alexandre Nicaise
